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Escapade post-confinement au Cinque Terre. Journal de bord ! (+Gênes)

Cinq villages d’exception qui rivalisent de charme et de pittoresque dans l’écrin d’une géographie tourmentée.


Étudiante à Milan pour un semestre, j’ai eu l’occasion de découvrir une nouvelle parcelle de ce pays que j’adore de plus en plus : l’Italie.

Si vous êtes lecteur d’Eugenio Montale, prix Nobel de la littérature qui avait une villa à Monterosso (Lire Ossi di seppia, 1925), ou de Mario Soldati qui vient s’y retirer au crépuscule de sa vie, ou tout simplement si vous êtes un scrutateur des réseaux, vous connaissez sans doute, les Cinq Terres ou en italien les Cinque Terre. À prononcer évidemment à haute voix « tʃiŋkwe ˈtɛrre », tellement cela sonne joli. Ou mieux encore en Ligurien : Çinque Tære !


Cette appellation fait référence à une succession de – l’auriez-vous deviné ? – cinq villages anciens très colorés bordant le littoral, localisés dans la province de La Spezia, dans la région de Ligurie, « un nirvana entre mer et ciel, entre les rochers et la montagne verte », écrit l’auteur de L’épouse américaine.


C’est donc une petite virée express que je vous propose de découvrir à travers mes mots (et photos) aujourd’hui : est-ce que ces deux jours et demi ont été suffisants ? Comment s’organiser en temps de fin de pandémie ? Que faire une fois sur place ?

Ne vous en faites pas, impatients que vous êtes, je réponds à toutes ces questions immédiatement !



Logistique et arrivée


Depuis la France, pour vous rendre en Italie, sachez que la période d’isolement de cinq jours n’est plus d’actualité et le couvre feu est dorénavant fixé à 23h. Pour rentrer sur le territoire, un test PCR de 72h est néanmoins requis, tout comme pour le retour en France, ce qui peut être évidemment très contraignant.

Pour ma part, étudiante à Politecnico, je suis partie de Milan, ce qui facilite grandement mes déplacements dans la Péninsule.


Gare centrale de Milan

Nous avons donc profité (« nous » car pour l’occasion ero con il mio amico) du week-end de la Pentecôte pour nous échapper à 3 h 30 de ma ville « d’adoption ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser (encore un cliché !), en Italie, il n’y a pas autant de jours fériés qu’en France, de telle manière que le vendredi comme le lundi étaient des jours de travail parfaitement normaux.

Par conséquent, la logistique a été plus « légère » : nous avons considéré qu’il y allait avoir moins de monde sur place et nous n’avons donc réservé aucun train.


Il y a effectivement plusieurs manières d’accéder aux Cinq Terres : par la route ou par les rails. Cependant, je ne peux que vous conseiller de préférer le train à la voiture : l’accès aux villages est limité, si vous choisissez cette dernière solution, il vous faudra probablement la laisser à La Spezia, ce qui représente évidemment un coût. Au contraire, il est très facile de s’y rendre par rail : il existe soit des trajets directs (Milan Centrale-Monterosso) mais qui sont plus rares et qu’il vous faudra réserver à l’avance ; soit des trains régionaux (en passant par Gênes ou Sestri Levante de la Gare Centrale de Milan également), dont vous pouvez prendre les billets cinq minutes avant votre départ - les sièges ne sont pas réservés. Cela vous coûtera environ 25 euros (parfois un peu plus, parfois un peu moins) l’aller.


✎ Si le temps de correspondance peut faire peur (5 min parfois), pas de panique : non seulement, la plupart du temps, les trains sont sur les mêmes quais, mais en outre, si malgré tout vous le ratez, votre billet régional sera valable pour le prochain !


Une fois arrivé aux Cinq Terres, vous pouvez choisir de vous déplacer via un train qui fait la navette entre les cinq villages. Dans l’ordre du nord-ouest au sud-est, nous avons donc Levanto, Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola, Riomaggiore et La Spezia au tarif unique de 4 euros. Il existe des pass journaliers à 16 euros la journée.


✎ Il y a aussi des ferries reliant les villages mais nous n’avons pas pu le prendre à cause de travaux et de la météo peu favorable.


Enfin, à noter qu’il existe que peu d’hôtels au sein des villages : il y a surtout des maisons d’hôtes et des Airbnb.


Jour 1 : 21 mai 2021


Nous voilà donc arrivés à Manarola, là où se trouve notre premier logement : un joli appartement avec une vue magnifique. Nous le payons peut-être un peu cher mais notre hôte est adorable et nous ne nous lassons pas de notre joli balcon.

Le temps n’a pas l’air très clément mais aucune goutte de pluie ne tombe. Ravis, nous visitons la ville. À l’horizon : les vignes, les maisons-tours génoises colorées et au loin la mer.


À cette période de l’année, il n’y a encore pas grand monde mais nous pouvons aisément imaginer l’été des rues pleines de vie - et de touristes se bousculant partout, soyons honnêtes.


Manarola est un village qui s’organise autour d’une rue principale nommée la « via Discovolo » de sorte qu’il est quasi impossible de s’y perdre. On y voit un torrent par-ci par-là qui vient finalement s’écouler en cascade dans la mer : il s’agit du Groppo. Comme d’autres villages des Cinque Terre, de la gare au centre ville, se trouve un long tunnel (continuité du chemin pédestre nommé « Via dell’amore »), de telle sorte que la ville est plutôt bien isolée.


Pour information, Manarola est reconnue comme un hameau administratif de Riomaggiore. Cela dit, on considère que c’est probablement le plus vieux des cinq villages avec de premières références datant du XIIIe siècle alors même que la ville est sous la domination génoise.


Pour nos premiers pas sur place, nous nous dirigeons vers le bord de mer. Peu de courageux pour affronter la mer : il n’est pourtant pas impossible de s’y baigner, plus loin, on y trouve même une sorte d’escalier permettant un accès simplifié.

Cela dit, on observe quelques chemins menant à d’autres points de vue, du côté des rochers, fermés. Ce n’est pas encore la haute saison, rien d’étonnant donc.


Nous nous rendons pour notre premier repas au fameux bar Nessun Dorma Cinque Terre, accessible par le littoral donc et nous sommes plutôt agréablement surpris. Le bar ne prend pas de réservation, il faut se rendre sur place et c’est déjà bien rempli (je n’ose imaginer en été). Mais la vue y est imprenable, les cocktails y sont bons et pas excessivement chers (compter un prix parisien quand même … environ 7-10 euros) et nous dévorons une planche remplie de charcuterie et de burrata.


✎ À noter toutefois que les Italiens font tout de même payer le service et les couverts (en général 3 euros ici).


Nous flânons encore un peu dans les rues. Nous n’avons pas l’occasion de tester le restaurant proposé par notre hôte « Trattoria dal Billy » qui propose visiblement des plats « de la mer ». Une autre fois je l’espère.


Nous nous couchons comblés par cette première journée : nous sommes arrivés assez tard et nous voulons être prêts pour le lendemain qui s’avère bien plus fatigant.



Jour 2 : 22 mai 2021


Nous prenons donc un pass pour la journée : ses 16 euros seront rentabilisés et nous feront gagner un temps sans doute précieux. Nous quittons notre premier logement avec l’ensemble de nos affaires (pour quelques jours, pas besoin de se surcharger), même si notre précédent hôte nous propose de laisser nos sacs à la réception.


Il est plus de 10 heures et nous arrivons bientôt à la ville limitrophe : Riomaggiore. Elle se situe à deux minutes en train, encore faut-il bien se renseigner sur les horaires (accessibles via GoogleMaps par exemple).


✎ La ville tient son nom du fait qu’elle est située dans la vallée traversée par le torrent nommé « Rio Maggiore » (anciennement « Rivus Major »).


Nous empruntons la continuité de la « via dell’amore » pour arriver au centre historique, datant du XIIIe siècle et nous nous dirigeons vers le bord de mer en empruntant un escalier descendant directement après la sortie du tunnel.


Sans tarder, nous voulons saisir la fameuse vue nommée « Vista Panorama di Riomaggiore » toujours via Maps. Il y a déjà du monde, des groupes de touristes : c’est là que vous pourrez faire la fameuse photo-carte postale que chacun peut voir surgir, instantanément, en tapant « Cinque Terre » sur le net. L’accès aux rochers n’est pas ouvert en cette saison, ni lorsque les conditions météos sont défavorables. Nous flânons un peu sur le port avant de repartir (sans aller au château datant du XVIe siècle) au bout d’environ une heure et demie.



J’ai en effet pour projet de quitter les Cinq Terres pour découvrir une autre ville pourtant géographiquement très proche … Je sacrifie donc Corniglia qui semble un peu moins intéressante au profit de Porto Venere. Pour y parvenir, nous accédons d’abord à La Spezia, muni de nos pass illimités (à la journée). De là, nous marchons une dizaine de minutes afin de rejoindre un arrêt de bus (« Garibaldi ») et prendre le bus P au prix de 2€50 (parfois il a un autre nom mais il a son terminus « Porto Venere » indiqué sur son devant).





Centre-ville de La Spezia

✎ Attention toutefois : les tickets ne sont pas achetables ni dans le bus ni à l’arrêt. On peut utiliser soit l’application (qui n’est honnêtement pas très bien faite), soit acheter les billets à l’arrêt de la gare par exemple.


Il y a 38 arrêts qui nous séparent alors de la destination convoitée. Pourtant, le trajet se déroule rapidement et est plutôt agréable (bon, quand même plus d’une heure au total). Alors certes, il y a beaucoup de tournants, mais d’une part on découvre la baie de La Spezia sous un nouvel angle (envahi de bateaux de croisière mais bon !) et en plus, on traverse plein de petits villages colorés (Marola, Cadimare, Le Grazie…) qui nous donnent volontiers envie de nous y promener et ce, absolument à chaque stop.


Je peux le dire maintenant : Porto Venere vaut le déplacement. Située tout au sud de la péninsule, nous pouvons y voir l’île Palmaria et derrière se cachent celles de La Tino et Tinetto (ces dernières ne sont pas habitées). La ville semble avoir été déjà habitée dès le VIe siècle avant JC par les Ligures. Elle tient probablement son nom au temple qui se trouvait jadis à la place de l’actuelle église Saint-Pierre dédiée à la déesse Vénus Erycina (« Venere Erycina »). Le symbole de la ville est la croix de Saint-Georges et rappelle subtilement l’ancienne alliance qu’elle entretenait avec la République de Gênes.



Avant de la visiter, nous faisons une première halte pour nous restaurer. Nous optons pour le restaurant Portivene où nous pouvons déguster du poisson de qualité. Nous choisissons de partager une entrée et un plat. Bien nous en a pris : non seulement ils sont délicieux mais, en outre, très généreux. Nous sommes comblés.

Après le repas, nous nous rendons d’abord à l’église Saint-Pierre qui permet d’avoir de jolies vues sur la côte.



✎ Alors que l’église originale date probablement du Ve siècle, celle-ci ne fut consacrée qu’à la toute fin du XIIe siècle et comprend plusieurs changements bien plus modernes : les bandes noires et blanches datent ainsi probablement de la fin du XIIIe siècle et sont rénovées entre 1931 et 1935. Pour l’anecdote, Eugenio Montale a écrit un poème dédié à cette église.


Ensuite, nous nous rendons au Château Doria anciennement appelé le château de « Dolceacqua » dont la première occurrence dans les textes remonte à la fin du XII e siècle. Ce n’est qu’en 1270 qu’Oberto Dorio (fondateur de la maison Doria) achète finalement le château et les terres qui l’accompagnent. S’ensuit une histoire assez dynamique entre les héritiers Doria et les différents sièges que subissent le château (par Robert d’Anjou notamment au XIVe siècle); puis la dégradation des liens qui unissent le duché de Savoie à la maison Doria … Le château ne devient la propriété de la commune de Dolceacqua qu’à partir de 1942 après moult péripéties.




L'Église Saint-Pierre vue des ruines du château Doria

Après quelques heures passées dans ce petit havre de paix, baigné par le duo de la mer et du vent, nous reprenons le bus et repartons vers les cinq villes laissées le matin.


Derniers regards sur le centre de Porto Venere et le château Doria

Pourtant, avant de nous rendre à Vernazza, nous décidons de faire un petit détour et jeter un premier coup d’œil sur Monterosso.

C’est une ville beaucoup plus balnéaire : on s’y rend surtout pour savourer une bonne glace devant le gros rocher de la plage pour un prix loin d’être excessif (3 euros la grosse glace de mémoire). En raison du temps maussade, l’eau n’est pas encore très claire. En été, je sais qu’elle le devient, ce qui doit ajouter une touche colorée charmante au paysage. Il nous en n’apparaît pas moins que la cité semble être un « nid » à touristes, bien plus fade que ses sœurs, Riomaggiore ou Manarola, par exemple. Elle n’a en fait tout simplement pas le même cachet.



Après une petite heure de vadrouille, n’y tenant plus, nous sautons dans un train qui nous mène à notre second nid douillet, situé cette fois à Vernazza, dernier « vrai » arrêt de notre périple.


Que dire de Vernazza, - que chanter même, à part des louanges. Nous finissons en beauté.

La gare est située en haut de la rue principale du village : cette fois, pas de tunnel. Sa géographie la rend, une fois de plus, particulièrement difficile d’accès par la route. On remarque un petit promontoire rocheux qui sert de réceptacle à la ville. Cette dernière fut autrefois le plus riche des cinq villages, avec une économie très développée comme en témoigne les vestiges du château de la famille Doria (oui, encore elle !).

Une fois n’est pas coutume, cette escapade représentant pour nous une occasion spéciale, nous avons choisi de nous offrir un bel hébergement, très spacieux (deux chambres et une large salle de douche) avec vue sur l’église Sainte Marguerite d’Antioche. Le clocher sonne certes toutes les heures (sauf la nuit) mais nous pouvons profiter pleinement du charme de la ville à partir de cette position aussi paradisiaque que stratégique.



Notamment, cela nous permet d’accéder facilement à un premier point de vue, situé sur le sentier menant à Monterosso en cinq minutes seulement qui montre à quel point Vernazza est un petit bijou. Le port et notre petit voisin le clocher, la rendent beaucoup plus authentique, plus intime peut-être même, que ses voisines.



Pour finir, nous nous rendons à l’opposé, au bar « La Torre » afin de profiter d’une seconde vue toute aussi époustouflante. Si nous pensions pouvoir le comparer à notre expérience au Nessun Dorma à Manarola, nous déchantons rapidement. Les cocktails sont moins bons, légèrement plus chers, et en cette saison, le bar/restaurant a quand même beaucoup moins de choix… En dessous de nous, une espèce de terrasse/maison de jardin en piètre état. En clair, nous avons l’impression de payer la vue qui s’étend au loin. Tant pis pour nous, nous savourons quand même ces instants uniques, et le panorama reste l’un des plus beaux du séjour.



Nous redescendons fatigués mais heureux de cette journée, un peu tristes tout de même de voir le séjour bientôt s’achever.


Jour 3 : 23 mai 2021, le retour


L’hôtel comprend dans son tarif un petit-déjeuner (ouf ! ). Nous descendons au port, situé à 2 minutes de notre chambre, pour nous installer à la terrasse du restaurant qui sert aussi d’accueil. En guise de premier repas, nous avons le droit à une assiette – au choix, salée ou sucrée- qui bien qu’elle soit d’une grande qualité n’est pas très consistante.


Tant pis ! Nous décidons de faire un dernier petit tour rapide et de nous rendre à Monterosso en attendant les trains régionaux que nous choisissons de prendre plus tard dans la journée. Cela nous permet de nous détendre un peu sur la plage ; quelques rayons de soleil se joignent à nous. Monterosso est plus étendue, comme un énorme club de vacances en fait (si j’ose la comparaison).



Nous longeons le littoral jusqu’à arriver au tunnel (Via Fegina) qui mène au centre-ville (aussi accessible par la côte par la Slaita dei Cappuccini, ce qui offre un autre point de vue). Nous décidons de manger au EMY’s WAY notre dernière pizza à la burrata de la semaine.


Nous arrivons à la gare. Le premier train qui doit nous mener dans un premier temps à Gênes semble avoir du retard. Il sera difficile d’atteindre l’autre gare à temps pour rentrer à Milan. Enfin du moins, c’est ce que nous croyons sur le moment. Les quelques minutes décisives sont finalement rattrapées … Peu importe ! Cela nous a déjà donné l’excuse de prolonger un peu plus notre week-end en restant deux heures à Gênes - une ville qui nous était jusqu’alors inconnue.


Gare de Gênes Piazza Principe

Pour ce petit arrêt, nous décidons d’aller au Belvédère Luigi Montaldo Spianata Castelletto ») situé à 20-25 minutes à pied de la gare. Nous faisons confiance à Google Maps qui nous mène à bon port, malgré l’emprunt de petites ruelles bien sombres … la vue se mérite… mais en vaut la peine, l’ensemble de la ville s’étale sous nos yeux, on y voit les bateaux de croisière, le centre ville en pierres plus claires, de grands buildings …