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Braquenié souffle ses 200 bougies au château de Louÿe (photos)


Deux cents ans, cela doit se fêter dignement ! Profitant de la semaine « Paris Déco Off », la Maison Pierre Frey, détenteur de la marque Braquenié depuis 1991, a choisi un cadre à la hauteur du plus célèbre créateur de textiles d'ameublement, tapis et tapisseries du XIXe siècle, pour présenter la collection créée à cette occasion : « Anniversaire 1823-2023 ».

Décor éphémère - tapisserie du fond de la Galerie Chevalier

Un bel écrin pour une collection prestigieuse

Le château de Louÿe dans l’Eure, à une heure de Paris est, en effet, un bijou architectural chargé d'histoire et mêlant savamment des décors de briques vernissées à d’autres d’inspiration égyptienne ou gothique. Après avoir été une des dernières forteresses de la ligne de défense de Normandie de Richard Cœur de Lion, il fut propriété royale dès la fin de la guerre (marquée par la victoire française). Entièrement reconstruit au XVe siècle, la demeure a été remaniée trois siècles plus tard par Louis-Martin Berthault, architecte de l’impératrice Joséphine.




Au fond du parc, trône fièrement une tour néogothique (fin du XIXe siècle), dont les pierres s’amusent avec le lierre qui les maintient. Un duo architecture/nature aux aires de Raiponce qui fait face à l’imposante bâtisse et à la totalité du domaine, classée à l’aube de ce nouveau millénaire aux Monuments historiques (arrêté du 17 avril 2000).




La famille Lepic acquiert finalement les murs de ce paradis au début du XXe siècle. Les descendants, à la tête desquels le dynamique et inventif Jean-Ghislain, en sont toujours les gardiens vigilants et respectueux.

Il était tout naturel que ce cadre aussi prestigieux qu’original serve d’écrin à la nouvelle collection riche d’une centaine de références réparties en tissus, papiers peints, tapis et moquettes.



Braquenié, genèse et développement

La Maison Braquenié est avant tout connue pour ses tapis qui agrémentent les parquets et sols des lieux les plus emblématiques de France (Palais du Luxembourg, Hôtel du Ritz…), mais aussi ses imprimés.

Son tampon officiel indiquant la date « 1824 » ne doit pas tromper. La Maison prend racine dès 1823, comme il en est fait mention dans le contrat de mariage de son créateur, Pierre-Antoine Demy. Le commerce, proprement dit, aurait donc été créé entre octobre 1823 et décembre 1824.

En 1845, lors d’une vente aux enchères, la maison Braquenié rachète de nombreux documents à la manufacture d’Oberkampf, fermée depuis deux ans. Et voilà les « simples négociants » qui deviennent de véritables créateurs. Ils vont rapidement être reconnus comme tels. Certaines références de la collection présentée au château de Louÿe en sont d’ailleurs un clin d’œil direct comme c’est le cas du Mariage de Figaro, visible dans la chambre « Alcôve ».



Patrick Frey, figure centrale et tutélaire de la Maison familiale (après avoir été à sa tête pendant des décennies, il en est le directeur artistique), explique la philosophie qui l’anime depuis le rachat Braquenié : « Avec Pierre Frey, nous pouvons faire ce que l’on veut quand on veut ! Ce n’est pas le cas de Braquenié. Nous ne possèderons jamais Braquenié, nous en sommes les gardiens uniquement. Ce n’est pas la liberté qui prime mais bien le respect et le poids de toute une tradition et d’une Histoire incroyable ». Un joli parallèle avec Jean-Ghislain Lepic, qui affirme lui aussi, ne pas « posséder le château » mais se définit bien comme son premier protecteur.





Collection Anniversaire : collection actuelle

Mais la maison Braquenié, si elle est une vieille dame vénérable, n’en est pas moins jeune d’esprit. Ainsi de salle en salle, se mélangent dans une harmonie subtile, quelques sublimes pièces d’un siècle voisin (mais déjà lointain) un peu ternies par les âges, à du « Mirande » , « Parvati » , « Lisieux » et autres jacquards, imprimés, soieries, tentures murales ….

Basée sur plus d’une quarantaine d’archives, cette nouvelle collection offre, en effet, un regard complet et remis au goût du jour d’une Maison dite à la « Marie Antoinette ». Elle propose ainsi de redécouvrir des fondamentaux, d’en recréer aussi, à travers des relectures partielles ou complètes de documents et supports divers, issus du département de la Maison mais aussi des fonds patrimoniaux du château de Versailles, du musée des Arts Décoratifs de Paris, du musée de la Toile de Jouy ou encore du musée du Louvre.


Motifs, couleurs et thèmes s’amusent : tantôt champêtres avec des allures rousseauistes, tantôt exotiques avec ses indiennes et inspirations du XVIIIe, variété de blancs vieillis ou éclatants grâce à la technique du bisage ... Le studio de création le

rappelle : au siècle des Lumières, on aimait « le blanc-archi-blanc ». Cette touche jaunâtre n’est donc qu’un leurre, un cliché qui a la vie dure sur les tendances d’outre-siècle.

De même, toujours en accord avec l’esprit Braquenié, on se joue aussi des codes, comme il en était coutume deux à trois cents ans plus tôt : entre tissus d’ameublement ou d’habillement, la frontière se floute, se contrarie et amène à un magnifique tissu brodé qui porte décidément bien son nom « l’élégant » !

Bref, on voyage, on se perd avec enthousiasme et délectation dans cette riche collection aux 54 tissus, 36 papiers peints (dont 12 panoramiques), 10 tapis et 4 moquettes.