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Paris, terrain de jeu des amoureux de l’Art nouveau


La Société Générale (Agence Centrale) du Boulevard Haussmann : un exemple Art Nouveau magnifique à Paris

Pour qui souhaite explorer Paris à travers le prisme de l’Art nouveau, la capitale offre un terrain d’observation aussi riche qu’inépuisable. Il ne s’agit pas ici d’un inventaire strictement académique, encore moins d’un recensement exhaustif, mais plutôt d’une sélection personnelle, pensée comme une porte d’entrée vers un univers fait de courbes, de ferronneries végétales et de façades sculptées.

Certains lieux relèvent de l’Art nouveau dans sa forme la plus pure, d’autres s’en inspirent subtilement, notamment dans le travail du métal, d’autres encore se situent à la frontière de l’Art déco. Tous, en revanche, ont en commun de séduire les passionnés de ce style foisonnant.


Les grands magasins, cathédrales du commerce

Ouverts à tous, ces temples du commerce offrent certains des plus beaux décors hérités de la Belle Époque :

  • La Samaritaine, pour ses verrières et ses lignes sinueuses

  • Le Printemps Haussmann, remarquable pour sa coupole

  • Les Galeries Lafayette Haussmann, célèbres pour leur dôme spectaculaire


Une banque au décor spectaculaire


Moins attendue, l’Agence Centrale de la Société Générale mérite le détour. Son entrée est accessible librement en semaine, même si les photographies y sont interdites. Une halte discrète, mais marquante.



Portes et façades, le Paris des architectes

C’est dans la rue que l’Art nouveau s’exprime avec le plus de liberté. Ferronneries ondoyantes, céramiques polychromes, motifs floraux envahissants, chaque immeuble raconte l’audace architecturale du tournant du XXe siècle.



  • Castel Béranger, 14 rue Jean-de-La-Fontaine (16e), chef-d’œuvre d’Hector Guimard

  • Immeuble Alfred Wagon, 24 place Étienne Pernet (15e)

  • Immeuble Lavirotte, 29 avenue Rapp (7e), façade (et porte !) exubérante devenue iconique

  • Immeuble Les Arums, 33 rue du Champ-de-Mars (7e), signé Octave Raquin

  • Immeuble Félix Potin, 140 rue de Rennes (6e)

  • Immeuble Alexandre et Édouard Autant, 14 rue d’Abbeville (10e)

  • Immeuble Les Chardons, 2 rue Eugène Manuel (16e), par Charles Klein

  • Hôtel Pauilhac, 59 avenue Raymond-Poincaré (16e), œuvre de Charles Letrosne

  • Immeuble Eugène Coulon, 14 rue Gallieni à Courbevoie


Autant d’adresses où le décor se niche dans un balcon, une marquise ou un simple encadrement de fenêtre.


Les entrées de métro de Guimard


À la veille de l’Exposition universelle de 1900, Paris inaugure son métro. La jeune Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris confie à Hector Guimard la conception des accès du nouveau réseau. L’enjeu est double, il faut signaler clairement les stations dans l’espace urbain tout en affirmant la modernité de la capitale.

Guimard propose alors un vocabulaire radicalement nouveau. Structures en fonte moulée, lignes ondoyantes inspirées du végétal, typographie dessinée sur mesure, verre et métal dialoguent dans un ensemble cohérent, reproductible et relativement économique. L’architecte conçoit plusieurs modèles, des entourages simples aux édicules couverts, dont le célèbre modèle dit « Libellule », reconnaissable à ses ailes déployées.

À l’époque, ces formes organiques divisent. Certains Parisiens jugent ces bouches de métro trop audacieuses, voire extravagantes. Beaucoup seront démontées au fil du XXe siècle, à mesure que le goût évolue. Aujourd’hui, elles sont devenues l’un des emblèmes les plus forts de l’Art nouveau parisien ...


Parmi les exemples les plus remarquables :

  • Porte Dauphine, seul édicule « Libellule » original encore conservé à son emplacement d’origine

  • Abbesses, édicule authentique déplacé depuis Hôtel de Ville

  • Châtelet, réplique installée en 2000 en hommage aux créations de Guimard


Ces structures ne sont pas de simples accès au métro. Elles incarnent un moment précis de l’histoire parisienne, celui où l’architecture, l’industrie et l’art s’unissent pour façonner une ville résolument tournée vers le XXe siècle.


Une halte insolite, les toilettes de la Madeleine

À deux pas de l’église de la Madeleine se cache l’un des lieux les plus inattendus du patrimoine Art nouveau parisien. Les Lavatory Madeleine, inaugurés en 1905, comptent parmi les dernières toilettes publiques souterraines de la Belle Époque encore en activité.

On y descend par un escalier discret pour découvrir un décor étonnamment raffiné, mosaïques, faïences, boiseries, ferronneries aux lignes courbes, tout l’esthétique du tournant du XXe siècle appliquée à un équipement du quotidien. À l’origine, l’établissement proposait également cirage de chaussures et divers services, dans l’esprit très moderne de l’époque.



Aujourd’hui :

  • La visite est gratuite, si l’on souhaite simplement admirer le lieu

  • Les toilettes sont toujours en service

  • L’utilisation est facturée deux euros


Un arrêt assez étonnant, presque confidentiel, qui rappelle que l’Art nouveau ne s’exprimait pas seulement dans les immeubles spectaculaires, mais aussi dans les espaces les plus ordinaires de la vie urbaine.


Restaurants et brasseries, l’Art nouveau à table


Pour prolonger la promenade autour d’un déjeuner ou d’un dîner, sous une verrière colorée, entre deux miroirs biseautés ou au pied d’une colonne de céramique florale ... Voici une sélection d’adresses où le décor fait partie intégrante de l’expérience.

Prix indicatifs pour un plat ou un repas complet (hors boissons), susceptibles d’évoluer.



  • Brasserie Mollard

    115 rue Saint-Lazare, 8e arrondissement

    Fondée en 1895, la brasserie conserve un décor spectaculaire de céramiques polychromes réalisées par Eugène Martial Simas. L’ensemble, classé, plonge immédiatement dans l’esthétique 1900. Compter environ 25 à 45 euros le plat, 40 à 70 euros pour un repas complet.


  • Bouillon Julien

    16 rue du Faubourg-Saint-Denis, 10e

    Ouvert en 1906, cet ancien bouillon populaire est aujourd’hui classé monument historique. Verrière, boiseries sculptées, affiches anciennes, l’atmosphère est restée intacte. Plats autour de 10 à 25 euros, repas complet entre 20 et 30 euros.


  • Maxim’s

    3 rue Royale, 8e

    Fondé en 1893, Maxim’s incarne le Paris mondain de la Belle Époque. Boiseries d’acajou, vitraux et luminaires Art nouveau composent un décor fastueux. L’expérience est à la hauteur du lieu, compter environ 90 à 150 euros pour un repas. A noter qu'on peut y boire un verre également (espaces du haut qui sont très jolis !).


  • Bouillon Racine

    3 rue Racine, 6e

    Inauguré en 1906, il offre l’un des plus beaux décors Art nouveau de la rive gauche, mosaïques, ferronneries et boiseries délicatement restaurées. Plats autour de 18 à 30 euros, repas complet entre 30 et 50 euros.


  • Brasserie Vagenende

    142 boulevard Saint-Germain, 6e

    Ancienne brasserie du XIXe siècle, classée pour son décor intérieur, miroirs biseautés et fresques florales. Une adresse élégante et (très) relativement accessible, compter 35 à 60 euros pour un repas.


  • Bofinger

5 à 7 rue de la Bastille, 4e

Fondée en 1864, la brasserie est célèbre pour sa coupole et son décor du début du XXe siècle, à la frontière entre Art nouveau et influences plus classiques. Repas autour de 40 à 70 euros.


  • Gallopin

40 rue Notre-Dame-des-Victoires, 2e

Maison ouverte en 1876, dont la salle fut redécorée vers 1900. Moulures, panneaux peints et atmosphère feutrée rappellent le Paris d’avant-guerre. Compter 45 à 70 euros pour un repas.


  • Brasserie Lipp

    151 boulevard Saint-Germain, 6e

    Institution fondée en 1880, célèbre pour ses céramiques murales et ses miroirs anciens. Décor classé, ambiance germanopratine affirmée. Repas entre 40 et 70 euros.


  • Vaudeville

29 rue Vivienne, 2e

Proche de la Bourse, cette brasserie Belle Époque offre un décor raffiné et lumineux. Cuisine traditionnelle, addition autour de 45 à 70 euros.


  • Bistrot du Peintre

116 avenue Ledru-Rollin, 11e

Classé monument historique, ce bistrot de 1902 conserve verrières, boiseries et détails sculptés. Une ambiance plus intime, repas autour de 35 à 55 euros.


  • Poulette

    3 rue Étienne-Marcel, 1er

    Ancien bouillon au décor 1904, fresques murales et plafonds peints ont été soigneusement restaurés. Plats entre 20 et 35 euros, repas autour de 35 à 60 euros.


  • Le Chardenoux

1 rue Jules-Vallès, 11e

Bistrot inauguré en 1908, classé pour son décor intérieur, faïences et miroirs sculptés. Cuisine française contemporaine signée Cyril Lignac dans un cadre historique. Compter 45 à 75 euros pour un repas.


  • Petit Bouillon Pharamond

    24 rue de la Grande-Truanderie, 1er

    Maison fondée en 1832, redécorée vers 1900, classée pour son escalier et ses vitraux. Une option plus abordable, repas entre 20 et 35 euros.


  • Bon Restaurant

    25 rue de la Pompe, 75116 Paris

    Autrefois l’un des plus beaux décors Art nouveau du XVIᵉ arrondissement, cette adresse installée dans l’ancienne boutique de fleurs Orève (façade mosaïque inspirée de motifs végétaux, inscrite au titre des monuments historiques) a été réinterprétée par le designer Philippe Starck. Au fil des années, Bon a su mêler élégance parisienne et influences contemporaines avant de fermer ses portes post-covid, malgré sa façade remarquable.


  • Beefbar

    5 rue Marbeuf, 8e

    Installé dans l’ancienne Fermette Marbeuf (1898), dont le décor Art nouveau est classé, verrières et céramiques spectaculaires. La cuisine, contemporaine et haut de gamme, affiche des prix en conséquence, 70 à 120 euros le repas. Honnêtement, l’expérience ne m’a pas convaincue. J’y suis entrée avec en tête le souvenir de la Fermette, et la comparaison n’a pas joué en sa faveur. À mes yeux, l’adresse tient davantage de l’attrape-touriste un peu trop clinquant que de la véritable institution parisienne. Je l’écris à regret, car en matière de décor, le lieu demeure pourtant l’un des plus spectaculaires exemples d’Art nouveau à Paris.



Pour aller plus loin, quelques intérieurs remarquables




  • Les escaliers du Petit Palais, avenue Winston-Churchill, 8e

    Inauguré pour l’Exposition universelle de 1900, le Petit Palais incarne l’ambition artistique de la Belle Époque. Si son architecture relève d’un éclectisme académique, ses escaliers intérieurs déploient une ferronnerie élégante aux lignes souples et végétales, typiques de l’esthétique Art nouveau. L’accès au musée est gratuit pour les collections permanentes, une excellente occasion d’observer ces détails de près.


  • Louis Vuitton, ateliers historiques d’Asnières-sur-Seine

    Fondés en 1859, les ateliers d’Asnières constituent le berceau historique de la maison. La demeure familiale, agrandie au fil des décennies, présente des décors influencés par l’Art nouveau, notamment dans les vitraux et les éléments décoratifs. Le site a exceptionnellement ouvert au public en 2024 pour une exposition, mais reste aujourd’hui inaccessible, sauf rares événements ponctuels. Un lieu mythique pour comprendre le lien entre artisanat d’art et modernité au tournant du siècle.


  • Église Saint-Jean-de-Montmartre , 19 rue des Abbesses, 18e

Construite entre 1894 et 1904 par Anatole de Baudot, cette église est l’un des premiers édifices religieux en béton armé de Paris. Son architecture audacieuse, ses lignes élancées et ses décors intérieurs en font un jalon important de l’Art nouveau appliqué au sacré. Située au cœur de Montmartre, elle surprend par son modernisme assumé à une époque encore dominée par les références néogothiques.


  • Un petit coin du Musée Carnavalet, 23 rue de Sévigné, 3e

Dédié à l’histoire de Paris, le musée propose un espace consacré à l’Art nouveau, avec une reconstitution d’intérieur. Meubles, panneaux décoratifs, objets d’art, le visiteur peut y saisir l’esprit d’un appartement 1900. L’entrée est gratuite pour les collections permanentes, ce qui en fait une étape incontournable pour replacer le mouvement dans son contexte historique et social.


Et voilà !

Cette liste n’a pas vocation à être exhaustive. Elle esquisse un parcours, suggère des pistes, ouvre (ou non) des portes. L’Art nouveau parisien ne se résume pas à quelques icônes photographiées mille fois. Il se découvre au détour d’une rue, dans un escalier oublié, sous une marquise ou derrière une façade discrète.

Plus qu’un style décoratif, il incarne un moment charnière, celui d’une ville qui entre dans le XXe siècle avec confiance, portée par l’innovation technique, l’essor industriel et une volonté affirmée de faire dialoguer art et quotidien.

À Paris, il suffit parfois de lever les yeux pour voir refleurir cette belle époque ...


PS : vous pouvez découvrir le post instagram associé à cet article ici.

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