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Les églises du 8e arrondissement de Paris

il y a 29 minutes
9 min de lecture

Après le 5e (vidéo ici) et le 6e arrondissement (vidéo ici), ma série consacrée aux églises et lieux de culte parisiens se poursuit dans le 8e arrondissement (vidéo associée ici). Un arrondissement que l’on associe volontiers aux grandes avenues, aux hôtels particuliers et aux institutions prestigieuses, mais qui abrite aussi quelques édifices religieux remarquables, parfois bien plus discrets qu’on ne l’imagine.

Ces visites se font, bien entendu, dans le respect absolu de celles et ceux qui viennent ici se recueillir. Je ne le répéterai jamais assez : un lieu de culte, quelle que soit la religion, n’est pas Disneyland. Mais cela ne doit pas nous empêcher de nous intéresser à ce patrimoine, souvent méconnu, paisible et, pour une grande partie, librement accessible. Derrière leurs façades parfois familières se cachent des siècles d’histoire, des décors étonnants et quelques anecdotes que l’on ne soupçonne pas forcément en passant devant.

Pour cette nouvelle étape, je vous emmène donc découvrir cinq édifices aux histoires très différentes : la Madeleine, Saint-Philippe-du-Roule, Saint-Augustin, la cathédrale orthodoxe Saint-Alexandre-Nevsky et la chapelle expiatoire.

Les trois premières sont accessibles librement en journée. La cathédrale orthodoxe ouvre ses portes aux visiteurs individuels certains après-midis, en dehors des offices. Quant à la chapelle expiatoire, elle est un monument du Centre des monuments nationaux, avec notamment la gratuité pour les moins de 26 ans européens.


5 églises 8ème arrondissement de Paris

La Madeleine

Difficile d’imaginer la place de la Madeleine sans son immense façade à colonnes, inspirée des temples antiques. Et pourtant, derrière cette apparente évidence se cache un chantier particulièrement mouvementé, commencé sous l’Ancien Régime et bouleversé à plusieurs reprises par les changements politiques et architecturaux.

À la mort de l’architecte Pierre Contant d’Ivry, en 1777, son élève Guillaume-Martin Couture, dit « le Jeune », reprend le projet. Il remanie profondément les plans et imagine une église en forme de croix grecque, surmontée d’un vaste dôme et précédée d’un portique péristyle d’ordre corinthien. Le chantier connaît cependant de nombreux rebondissements, entre changements de projet, problèmes techniques et difficultés financières.

En 1785, une controverse éclate autour du projet de Couture et conduit à une nouvelle remise en question du chantier. Les travaux sont finalement suspendus en 1786 avant de reprendre l’année suivante. En 1791, leur coût dépasse déjà 3,3 millions de livres.

Puis vient la Révolution française. Les travaux sont interrompus par décret en décembre 1791 alors que les colonnes de l’édifice atteignent déjà la hauteur de leurs chapiteaux. Sous le Consulat, le chantier reste à l’arrêt.

Napoléon reprend ensuite le projet, mais avec une nouvelle destination ... L’édifice doit devenir un « temple de la Gloire » dédié à la Grande Armée. Après la campagne de Russie, le projet évolue une nouvelle fois et Napoléon décide finalement d’en faire une église.

À la Restauration, Louis XVIII souhaite transformer l’édifice en monument expiatoire à la mémoire de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de Madame Élisabeth. Cette vocation ne modifiera finalement pas le plan général, mais donnera une orientation particulière au décor. Faute de moyens, Louis XVIII fait construire à proximité la chapelle expiatoire, sur sa cassette personnelle.

L’architecte Jean-Jacques-Marie Huvé prend finalement la suite du chantier et contribue à l’aménagement intérieur, inspiré notamment des thermes antiques et du Panthéon de Rome. De nombreux artistes participent à la décoration, faisant de la Madeleine l’un des grands chantiers artistiques du XIXe siècle.

Le fronton, représentant Le Jugement dernier, est réalisé par le sculpteur Henri Lemaire en 1833. Les travaux sont finalement achevés en 1842 et l’église est consacrée le 9 octobre 1845 par Mgr Affre, archevêque de Paris.


église 8ème arrondissement de Paris : La Madeleine

Informations pratiques

1 place de la Madeleine, 75008 Paris

Horaires : tous les jours, de 9h30 à 19h.

À ne pas manquer .. Une anecdote que j’aime particulièrement : la Madeleine abrite la seule fresque d’une église parisienne où apparaît la figure de Napoléon. Réalisée par Jules-Claude Ziegler sur la demi-coupole, elle rassemble autour du Christ et de Marie Madeleine plusieurs grandes figures de l’histoire du christianisme, parmi lesquelles Constantin, Clovis, Godefroy de Bouillon, Jeanne d’Arc, Dante, Raphaël, Pie VII et l’Empereur en costume de sacre.



Saint-Philippe-du-Roule

À quelques rues de là, Saint-Philippe-du-Roule offre une tout autre lecture de l’architecture religieuse parisienne.

Au XVIIIe siècle, la paroisse devient progressivement trop importante pour son ancienne église. Louis XV propose d’abord un terrain provenant de l’ancienne pépinière royale, mais celui-ci se révèle trop meuble pour permettre des fondations suffisamment solides. Un nouveau projet est alors confié à l’architecte Jean-François Chalgrin.

Les plans sont approuvés en 1768 par l’Académie royale d’architecture et les travaux commencent finalement en 1773. La construction connaît, elle aussi, des difficultés financières : en 1779, l’église est presque à moitié achevée mais le chantier doit être interrompu. Il reprend ensuite et l’édifice est achevé en 1783-1784.

L’église est bénie le 30 avril 1784. Les deux clochers qui devaient encadrer le chevet ne seront toutefois jamais construits.

L’édifice se distingue par sa grande nef unique, couverte d’une voûte en berceau à caissons, qui lui donne des airs de temple antique ou de basilique paléochrétienne. Une architecture néoclassique particulièrement spectaculaire, que l’on découvre presque par surprise au milieu du quartier.

Saint-Philippe-du-Roule a par ailleurs bénéficié d’une vaste campagne de restauration architecturale entre 2018 et juin 2022, après plusieurs années marquées notamment par des infiltrations d’eau. Le chantier, mené sous la direction de l’architecte en chef des monuments historiques Pierre-Yves Caillault, a permis de restaurer une grande partie de cet édifice remarquable.

De nouveaux travaux énergétiques ont également débuté en 2026.


église 8ème arrondissement de Paris : Saint-Philippe-du-Roule vitrail coupole

Informations pratiques

9 rue de Courcelles, 75008 Paris

Horaires :

Du lundi au mercredi : 7h30 à 19hJeudi : 7h30 à 20h

Samedi et dimanche : 8h30 à 19h45

À ne pas manquer .. Les magnifiques coupoles colorées !



Saint-Augustin

Changement d’époque et de style avec Saint-Augustin, construite entre 1860 et 1871 dans un quartier profondément transformé sous le Second Empire.

Avant l’édification de l’église actuelle, une chapelle provisoire en bois avait été installée rue de Laborde en 1831. Quelques décennies plus tard, le quartier de la Petite Pologne connaît une transformation considérable. Haussmann fait tracer de grandes avenues rectilignes et de nouveaux immeubles apparaissent autour de ces carrefours appelés à devenir des points majeurs de la capitale.

C’est dans ce contexte que naît Saint-Augustin, installée à la rencontre du boulevard Haussmann et du boulevard Malesherbes. L’abbé Langénieux, nommé curé en 1867, accélère notamment l’avancement des travaux et fait construire un vaste presbytère.

Napoléon III avait envisagé que la crypte puisse accueillir les sépultures des princes de la famille impériale. Le projet ne verra finalement pas le jour : l’empereur meurt en exil en Angleterre et est enterré à l’abbaye Saint-Michel de Farnborough avec son épouse et leur fils.

L’emplacement très ouvert de l’église a toutefois un revers : située au cœur d’un carrefour particulièrement fréquenté, elle compte parmi les églises parisiennes où le bruit de la circulation reste très perceptible depuis la nef.

Saint-Augustin conserve aussi plusieurs souvenirs liés à des personnalités célèbres. C’est ici que Charles de Foucauld se convertit en 1886, sous l’influence du vicaire de la paroisse, l’abbé Huvelin. Edmond Rostand y épousa également Rosemonde Gérard. À cette époque, l’organiste de l’église était le compositeur Eugène Gigout.

La façade a été restaurée entre 2016 et 2018 grâce à un financement de la Ville de Paris et du ministère de la Culture. L’édifice présente toutefois encore certaines fragilités, notamment au niveau de la coupole et de plusieurs éléments décoratifs.


église 8ème arrondissement de Paris : Saint-Augustin

Informations pratiques

Place Augustin, 75008 Paris

Horaires :

Du lundi au vendredi : 8h30 à 19h

Samedi et dimanche : 9h00 à 19h30



Saint-Alexandre-Nevsky

Changement de tradition avec la cathédrale orthodoxe Saint-Alexandre-Nevsky, rue Daru, dont l’histoire témoigne de l’importance ancienne de la communauté russe à Paris.

La présence russe en France remonte au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, environ un millier de Russes vivent temporairement ou durablement dans la capitale. Leur seul lieu de culte se trouve alors au sein de l’ambassade de Russie et devient rapidement trop exigu.

En 1847, l’aumônier de l’ambassade, le père Joseph Vassiliev, entreprend donc de faire construire une véritable église. Le projet connaît de nombreux retards administratifs avant d’obtenir finalement l’accord de Napoléon III.

Son financement repose en grande partie sur une souscription menée en Russie et auprès des communautés russes à travers le monde. Les dons proviennent toutefois de différentes confessions, et Alexandre II contribue personnellement au projet à hauteur d’environ 150 000 francs-or.

L’église est consacrée en l’honneur de saint Alexandre Nevski, prince de Novgorod et figure majeure de l’histoire russe. En 1896, le tsar Nicolas II et son épouse Alexandra s’y rendent lors de leur visite en France.

L’édifice devient cathédrale en 1922. Il conserve notamment des fresques et des icônes d’Eugraphe Sorokine. La cathédrale est classée au titre des monuments historiques depuis 1981 et d’importantes restaurations ont débuté en 1996.


Et sa crypte ...

La crypte mérite également une visite à part entière. Elle constitue aujourd’hui la paroisse de la Très Sainte Trinité et présente une particularité intéressante : elle compte parmi les premières paroisses orthodoxes de langue française.

À la différence de la cathédrale, où les célébrations ont lieu en slavon, les offices de la crypte sont célébrés en français. Elle possède également son propre bulletin, fondé en 1971.


église 8ème arrondissement de Paris : Cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky

Informations pratiques

12 rue Daru, 75008 Paris

En dehors des offices, la cathédrale est ouverte aux visiteurs individuels les mardi, jeudi, vendredi et dimanche de 15h à 18h.

Des visites peuvent également être organisées sur demande.

La crypte est accessible sur demande ou avant et après les offices.

Contact communiqué : visites.cathedrale.daru@gmail.com .


La chapelle expiatoire

C’est sans doute l’un des lieux les plus chargés d’histoire de cette sélection.

Le cimetière de la Madeleine, ouvert en 1721, accueille jusqu’à la Révolution plusieurs milliers de dépouilles. Sa proximité avec l’actuelle place de la Concorde, alors place de la Révolution, en fait notamment un lieu d’inhumation privilégié pendant la Terreur.

Louis XVI et Marie-Antoinette y sont enterrés après leur exécution, tout comme Charlotte Corday, Olympe de Gouges, Philippe Égalité, Madame Roland, Antoine Barnave, Madame du Barry, Jacques Hébert et plusieurs députés girondins. Des gardes suisses morts lors de la prise des Tuileries ou dans les prisons parisiennes y sont également inhumés.

Le cimetière ferme en 1794 avant d’être vendu à différents propriétaires. Louis Desclozeaux, magistrat royaliste installé rue d’Anjou, entreprend alors de repérer l’emplacement de la fosse où auraient été déposés les corps du roi et de la reine.

Après la Restauration, leurs dépouilles sont transférées à la basilique Saint-Denis. Louis XVIII souhaite alors qu’aucune terre « saturée de victimes » ne soit déplacée lors de la construction de la chapelle expiatoire.

Et c’est ici que l’histoire devient particulièrement intrigante.

Des fouilles et sondages réalisés au fil des années ont permis d’identifier des espaces jusqu’alors inconnus derrière les murs de la chapelle souterraine. En 2018, le président du Centre des monuments nationaux autorise le médecin légiste Philippe Charlier à utiliser des micro-caméras afin d’explorer les joints en mortier de l’édifice.

Les recherches menées ensuite ont permis de conclure, en 2020, que les murs souterrains de la chapelle pourraient abriter les ossements de personnes guillotinées pendant la Révolution française et inhumées au cimetière de la Madeleine.

Un lieu que l’on ne regarde donc plus tout à fait de la même manière après en avoir découvert l’histoire.


église 8ème arrondissement de Paris : chapelle Expiatoire

Informations pratiques

29 rue Pasquier, 75008 Paris

D’octobre à mars : mercredi, jeudi, vendredi et samedi, de 10h à 12h30 et de 13h30 à 17h.

D’avril à septembre : du mardi au samedi, de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h30.

Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

La chapelle est un site du Centre des monuments nationaux. Certaines gratuités s’appliquent, notamment pour les moins de 26 ans européens. Tarif plein : 7€.


Deux autres lieux à noter

Je voulais également ajouter à cette sélection la chapelle Notre-Dame-de-Consolation, ancienne chapelle du Bazar de la Charité, actuellement en travaux.

Construite sur l’emplacement du célèbre incendie du Bazar de la Charité, qui fit plus de cent vingt victimes le 4 mai 1897, elle est pensée comme un lieu de mémoire pour les victimes de la tragédie. Sa première pierre est posée exactement un an après l’incendie et l’édifice est inauguré en 1900. Son architecte, Albert Guilbert, reçoit d’ailleurs l’une des médailles d’or de l’Exposition universelle de 1900 pour sa réalisation.

La chapelle est classée au titre des monuments historiques depuis 1982.

Et puis il y a la cathédrale arménienne Saint-Jean-Baptiste, que je sais pourtant ouverte du mardi au dimanche, mais dans laquelle je n’ai, pour ma part, toujours pas réussi à entrer. Une bonne raison, finalement, de garder quelques découvertes pour la prochaine série.


Pour aller plus loin

Si cette série vous donne envie de pousser un peu plus loin la découverte des édifices religieux parisiens, retenez également le nom de l’association Art, Culture et Foi (site ici).

Ses bénévoles passionnés organisent régulièrement des visites culturelles et architecturales gratuites consacrées aux églises de Paris. Une belle manière de découvrir ces lieux autrement, en prenant le temps de comprendre leur histoire, leur architecture et les œuvres qu’ils abritent.

Et surtout, n’oubliez pas que derrière le patrimoine se trouvent toujours des lieux vivants : on les visite avec curiosité, mais aussi avec discrétion et respect pour celles et ceux qui les fréquentent au quotidien.



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