Roadtrip depuis Paris : 5 jours en Centre-Val de Loire
- Constance

- il y a 14 minutes
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Je plaide coupable : je n’avais jamais pris le temps de visiter les châteaux de la Loire. Oui, moi, la passionnée d’histoire, de vieilles pierres et de récits royaux, capable de disserter des heures sur les Tudors ou les Valois, mais qui n’avait encore jamais réellement exploré ce morceau de France que le monde entier nous envie. À force de repousser ce voyage, cela en devenait presque gênant… comme un amateur de littérature qui n’aurait jamais ouvert Balzac.
Alors l'été dernier, nous avons décidé de réparer cette anomalie historique personnelle : cinq jours sur les routes ligériennes, entre cités médiévales, villes royales, hôtels de contes de fées et parenthèses gastronomiques. Une échappée pensée sans marathon absurde ni réveils militaires à six heures du matin (nous étions en vacances, après tout), mais avec suffisamment d’étapes pour avoir l’impression de traverser plusieurs siècles en quelques kilomètres.
Bien sûr, il manque encore quelques incontournables à notre tableau de chasse. Azay-le-Rideau, Chenonceau ou Cheverny attendront une seconde partie que je prépare déjà mentalement avec beaucoup trop d’enthousiasme. Mais pour une première immersion, difficile d’imaginer plus belle entrée en matière.
Voici donc un itinéraire facilement adaptable, particulièrement pratique pour les Parisiens : deux à trois heures de route suffisent pour rejoindre les premiers trésors de la vallée de la Loire, avant d’enchaîner de courtes distances entre chaque étape. L’idéal pour conjuguer découvertes, confort et cette sensation très agréable d’être dépaysés sans avoir traversé la planète.
Et puis, il faut bien l’admettre : dormir dans des châteaux après avoir passé la journée à en visiter relève d’une certaine cohérence narrative (oui, oui ...).

JOUR 1 : Paris - Châteaudun - Tours - Chateau d'artigny
Nous avons quitté Paris tôt dans la matinée, voiture chargée et playlist soigneusement préparée pour l’occasion. Après près de deux heures de route, la faim commençait sérieusement à concurrencer notre enthousiasme culturel. Premier arrêt : Châteaudun. Et premier coup de cœur inattendu.
ETAPE 1 : CHÂTEAUDUN
On parle finalement assez peu de Châteaudun, ce qui est probablement l’une des raisons pour lesquelles la ville conserve un charme aussi intact. Posée au-dessus de la vallée du Loir, elle dévoile immédiatement un décor de carte postale : ruelles anciennes, maisons à colombages, jardins suspendus et, dominant l’ensemble, un château spectaculaire accroché à son éperon rocheux.
Nous avons déjeuné à l’Auberge du Bastard, face au château, autour de galettes et de crêpes généreuses qui avaient exactement le goût des débuts de vacances réussis. Il y a quelque chose de très agréable dans ces premières pauses de road trip où l’on réalise enfin que le quotidien est resté derrière soi.
Mais Châteaudun ne se résume pas à une jolie halte déjeuner. Son histoire est fascinante et remonte à bien avant les rois de la Renaissance. Dès l’Antiquité, les Carnutes, peuple gaulois installé dans la région, avaient choisi ce promontoire naturel pour y établir une cité fortifiée. Le mot dun, d’origine celte, désigne d’ailleurs une forteresse construite en hauteur ; il est resté inscrit dans le nom même de la ville.
Au Moyen Âge, Châteaudun devient une possession stratégique des puissants comtes de Blois. Le célèbre Thibaud le Tricheur y fait édifier un premier château fort en bois dès le Xe siècle, avant que la cité ne s’étende progressivement derrière ses remparts. L’histoire locale croise ensuite celle de Jean de Dunois, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc et cousin de Charles VII, qui transforme la forteresse médiévale en demeure plus raffinée au XVe siècle. On lui doit notamment la Sainte-Chapelle et une partie du château visible aujourd’hui.
La ville a survécu à tout ! Les incendies, les guerres, les destructions… En 1723, un immense feu ravage une grande partie de la cité haute. Puis, en 1870, lors de la guerre franco-prussienne, la ville est de nouveau incendiée après une résistance héroïque face aux troupes prussiennes. Sa devise résume ainsi parfaitement son histoire : Extincta Revivisco (« Éteinte, je renais »).
Après le déjeuner, nous avons flâné tranquillement dans le centre historique. Une promenade sans véritable itinéraire précis, ce qui est souvent la meilleure manière de découvrir une ville. Nous sommes passés devant les magnifiques maisons à pans de bois comme la Maison Louis-Esnault ou la Maison de la Vierge, avant de rejoindre les jardins de l’Hôtel-Dieu pour admirer la vue sur la vallée. La Maison des Brocanteurs, la fontaine monumentale, des ruelles silencieuses, du beau, du charme, encore et toujours.
ETAPE 2 : TOURS
Nous avons ensuite repris la route pour environ une heure trente direction Tours, véritable porte d’entrée des châteaux de la Loire. Avant de devenir la capitale officieuse du Val de Loire, Tours était déjà une grande cité gallo-romaine : Caesarodunum, la « forteresse de César ». Capitale religieuse au temps de saint Martin, ville prospère sous les Capétiens, puis centre royal sous les Valois, elle a traversé les siècles en accumulant patrimoine, richesse culturelle et art de vivre.
On comprend rapidement pourquoi on surnomme parfois Tours « le Petit Paris ». Il y règne une élégance discrète, moins intimidante que la capitale, plus lumineuse aussi. Une ville où l’on sent immédiatement que les habitants savent apprécier les bonnes choses : la gastronomie, le vin, les terrasses et probablement les longues discussions qui commencent par « cela sera juste un verre pour moi, s'il-vous-plaît ! ».
Impossible évidemment de manquer la cathédrale Saint-Gatien. Construite entre le XIIe et le XVIe siècle, elle impressionne autant par sa façade délicatement sculptée que par ses vitraux médiévaux. À l’intérieur, les voûtes s’élèvent à près de trente mètres et l’ensemble dégage cette sensation typiquement gothique de verticalité presque irréelle. Les tombeaux des enfants de Charles VIII et d’Anne de Bretagne rappellent également combien l’histoire royale reste omniprésente dans la région.
Nous avons ensuite rejoint le Vieux-Tours et la célèbre place Plumereau. C’est probablement l’un des endroits les plus agréables de la ville pour simplement s’asseoir et observer l’agitation autour de soi. Les maisons à colombages semblent pencher légèrement au-dessus des terrasses bondées, les ruelles pavées débouchent sur des petites places animées et l’atmosphère reste étonnamment chaleureuse malgré l’affluence touristique.
Tours possède aussi cette capacité à mélanger les époques sans jamais perdre son identité. À quelques rues des monuments historiques, on découvre des boutiques modernes, des bars élégants et même des œuvres du street artiste Mifamosa près de la basilique Saint-Martin. Les mosaïques disséminées dans la ville ajoutent une touche d’humour bienvenue, comme un clin d’œil contemporain au passé monumental des lieux. Après tout, les villes trop sérieuses deviennent vite fatigantes.
Nous avons également beaucoup aimé le cloître de la Psalette, plus confidentiel et presque caché derrière la cathédrale. Son architecture de transition entre gothique et Renaissance lui confère une jolie atmosphère ! On comprend facilement pourquoi Balzac y plaça certains de ses personnages.
Enfin, pour les amateurs d’histoire antique, les vestiges de l’enceinte gallo-romaine valent réellement le détour. Voir subsister ces fragments de muraille au milieu de la ville moderne rappelle que Tours superpose littéralement les siècles comme d’autres accumulent les couches de peinture.
ETAPE 3 : CHÂTEAU(-HÔTEL) D'ARTIGNY
En fin d’après-midi, nous avons quitté l’animation tourangelle pour rejoindre notre première adresse d’exception : le Château d’Artigny, situé à une vingtaine de minutes seulement de Tours.
Le château possède cette esthétique très théâtrale des grandes demeures françaises : salons majestueux, dorures, escaliers monumentaux ... mais propose aussi une lecture plus moderne. Par exemple, le spa, installé au sous-sol d'une annexe et accessible par un tunnel, offre une ambiance bien différente de celle du bâtiment principal, entre cave voûtée et refuge élégant.
Bref ... Sauna, hammam, jacuzzi, piscine extérieure chauffée, vélos terrains de tennis et même padel ... N'est pas hôtel 5 étoiles qui veut !
Je l’avoue volontiers : au départ, c’est surtout la célèbre salle vert-bleu du restaurant qui m’avait convaincue de réserver. Les réseaux sociaux savent parfois très bien vendre leurs décors. Mais une fois sur place, le château dépasse largement les images. Les salons historiques sont magnifiques, l’atmosphère incroyablement apaisante et le service particulièrement attentionné sans jamais tomber dans l’excès guindé.
Le dîner semi-gastronomique a parfaitement conclu cette première journée déjà bien remplie. Et après plusieurs heures passées à explorer villes historiques et ruelles pavées, retrouver une chambre élégante avec vue sur le parc avait quelque chose de profondément satisfaisant. En haute saison, les chambres commencent autour de 200 euros la nuit, un tarif finalement assez raisonnable pour l’expérience proposée et le niveau de prestations.
JOUR 2 : Chateau d'artigny - VILLANDRY - DOMAINE DES BASSES-RIVIÈRES
Souvenez-vous. Quelques lignes plus tôt, je vous expliquais justement que ce voyage avait été pensé sans réveils à l’aube. Une résolution qui n’aura finalement pas survécu au lever de soleil sur le château d’Artigny. Aucun regret. Certaines vues méritent franchement quelques heures de sommeil en moins ! Après un dernier café dans ce décor princier, nous avons repris la route pour une vingtaine de minutes seulement, direction Villandry.
ETAPE 4 : CHÂTEAU DE VILLANDRY
Le château de Villandry est mondialement connu pour ses jardins à la française. Ici, le véritable spectacle se trouve effectivement presque davantage sous les fenêtres du château que dans ses salons.
Ceux-ci se déploient sur plusieurs terrasses avec une précision quasi irréelle. Le potager décoratif ressemble à une immense broderie vue du ciel : les légumes y deviennent éléments d’ornement, les choux côtoient les fleurs avec une élégance inattendue et chaque saison redessine totalement le paysage. Même les personnes incapables de garder un basilic vivant sur leur balcon parisien risquent d’y ressentir une soudaine vocation horticole.
Plus loin, le jardin d’ornement joue la carte du romantisme assumé. Les buis taillés dessinent des cœurs, des volutes, des papillons ou des éventails, représentant les différentes formes de l’amour : tendre, passionné, volage ou tragique. Une symbolique délicieusement théâtrale qui aurait probablement ravi les cours du XVIe siècle, où l’on savait manifestement transformer la moindre haie en déclaration sentimentale.
Le domaine comprend également un jardin d'eau, un jardin des simples consacré aux plantes médicinales et aromatiques, un labyrinthe de charmilles particulièrement apprécié des enfants ...et des adultes qui prétendent les accompagner), ainsi qu’un jardin du soleil perché sur la dernière terrasse du château.

Cependant, derrière cette perfection Renaissance se cache une histoire bien plus ancienne.
Avant de devenir l’élégante demeure que l’on connaît aujourd’hui, Villandry s’appelait Colombiers et abritait une forteresse médiévale construite dès le XIe siècle, au cœur des rivalités entre les comtes de Blois et d’Anjou. Seul le donjon carré subsiste encore véritablement de cette époque, avec son allure austère de château défensif et son escalier à vis abrupt typiquement médiéval.
C’est également ici qu’est signée, le 4 juillet 1189, la paix de Colombiers entre Henri II Plantagenêt, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. Deux jours plus tard, Henri II mourait. Autrement dit, même les murs de Villandry semblent avoir participé aux grands tournants de l’histoire européenne.
Le château actuel apparaît véritablement au XVIe siècle sous l’impulsion de Jean Breton, ministre de François Ier. Mais l’histoire moderne de Villandry doit surtout beaucoup à Joachim Carvallo et à son épouse Ann Coleman. Lorsqu’ils découvrent le domaine en 1906, celui-ci est presque à l’abandon et menace même d’être démoli. Lui, médecin et scientifique espagnol ; elle, riche héritière américaine. Ensemble, ils abandonnent laboratoires et vie parisienne pour restaurer le château et recréer les jardins Renaissance que nous admirons aujourd’hui. Une folie absolue, probablement. Mais une folie magnifique.
Avant la visite des jardins, nous avons pris le temps de découvrir l’intérieur du château, plus jolis qu'on pourrait se le figurer (même si l'extérieur continue bien sûr à prendre le pas !). Les pièces sont élégamment meublées et dégagent cette sensation de demeure encore habitée plutôt que de musée figé.
Avant de partir, nous sommes évidemment montés jusqu’au belvédère du château. La vue sur l’ensemble des jardins y est tout simplement spectaculaire et permet réellement de comprendre la précision presque architecturale du domaine.
Petit conseil pratique : le château et les jardins sont ouverts quasiment toute l’année, à l’exception du 25 décembre. En 2026, l’entrée château + jardins est proposée à partir de 14 euros pour les adultes.
ETAPE 5 : LES BASSES-RIVIÈRES (ROCHECOURBON)
Après cette matinée entre géométrie végétale et histoire Renaissance, nous avons repris la route vers Rochecorbon pour rejoindre une adresse beaucoup plus confidentielle : le Manoir des Basses-Rivières.
Là-bas, changement d'ambiance. Pas de grand château spectaculaire ni de foule de visiteurs. Le lieu possède au contraire ce charme discret des propriétés que l’on découvre presque par hasard et que l’on hésite ensuite à trop recommander de peur qu’elles perdent leur tranquillité.
Le domaine est installé au cœur d’un coteau de tuffeau, à quelques minutes seulement de Tours, dans l’un des villages viticoles emblématiques de l’appellation Vouvray. Ancienne propriété des moines bénédictins de Marmoutier dès le Xe siècle, le manoir devient au XVIIIe siècle une élégante folie de campagne avant de connaître plusieurs vies successives : propriété viticole, demeure d’officier britannique après Waterloo, musée du vin au milieu du XXe siècle… avant de renaître grâce à ses propriétaires actuels qui entreprennent une restauration remarquable à partir de 2006.
Le résultat est absolument singulier. Le manoir domine un jardin en terrasses classé « Jardin remarquable » depuis 2022. Le parcours serpente entre escaliers de pierre, caves troglodytiques, ifs taillés, massifs méditerranéens et points de vue sur la Loire. Grâce au microclimat créé par le coteau et l’exposition plein sud, on y croise des cyprès, des figuiers, des romarins ou encore des arbres de Judée qui donnent parfois l’impression d’être beaucoup plus au sud.
Ce contraste entre la roche brute du tuffeau et la délicatesse du jardin à la française rend le lieu particulièrement fascinant.
Les anciennes caves viticoles constituent d’ailleurs l’un des grands atouts du domaine. Creusées dans la pierre, elles rappellent l’importance historique du vignoble de Vouvray et du chenin blanc dans toute la région. Quelques dégustations, proposées par les domaines environnant, permettent d’ailleurs de prolonger agréablement l’expérience… et il serait franchement dommage de s’en priver.
Mais… aurais-je oublié de vous préciser que cet endroit était en réalité notre hébergement pour la nuit ? Nous logions, en effet, dans l’ancienne maison du vigneron, transformée en chambres d’hôtes intimistes. Trois suites seulement sont proposées, ce qui garantit une atmosphère incroyablement paisible. La décoration est raffinée sans jamais devenir prétentieuse, avec ce mélange très réussi d’élégance classique et de confort contemporain. Mention spéciale pour la suite Boisdenier et son salon-bibliothèque habillé de toile de Jouy rouge, absolument magnifique.
Même la piscine semble avoir été pensée avec discrétion, cachée dans les hauteurs du jardin comme un secret bien gardé.
Le prix des nuitées débute autour de 270 euros, avec désormais un minimum de deux nuits imposé.
Et bonne nouvelle : même sans y séjourner, le jardin remarquable du Manoir des Basses-Rivières peut tout à fait se visiter. Jusqu’au 26 juin, les visites se font sur rendez-vous, puis en haute saison, le jardin est accessible du lundi au jeudi, de 10h à 16h. Comptez 6 euros par adulte et 3 euros pour les enfants.
Mention spéciale également à Arthur van der Straeten, notre hôte, passionné et particulièrement attentif, qui contribue largement à l’atmosphère chaleureuse et confidentielle du domaine.
En fin de soirée, nous avons traversé la route pour dîner dans la guinguette installée au bord de la Loire. Une ambiance beaucoup plus simple (vive les ribs !) mais si vivante.
JOUR 3 : DOMAINE DES BASSES-RIVIÈRES - AMBOISE - NOIZAY
Le soleil avait manifestement décidé de prendre quelques heures de repos en ce troisième jour. Ciel gris, pluie hésitante et températures un peu plus fraîches accompagnaient notre départ vers Amboise, située à une vingtaine de minutes seulement de Rochecorbon. Après un réveil légèrement tardif (en d'autres termes : l’équilibre parfait entre ambition culturelle et vacances existe, rassurez-vous), nous avons choisi de prolonger l’esprit de la veille au soir avec un déjeuner chez Oscar & Suzette. L’endroit reprend les codes de la guinguette ligérienne mais dans une version un peu plus soignée, presque « bobo chic » : grandes tablées, salades composées, grillades, planches généreuses et cocktails presque trop bien présentés.
Notre chambre n’étant prête qu’en milieu d’après-midi, nous avons décidé de profiter de ces quelques heures pour découvrir enfin le célèbre château royal d’Amboise.
ETAPE 6 : AMBOISE
Posé sur son promontoire rocheux quarante mètres au-dessus de la Loire, le château d'Amboise domine toute la ville. Les jardins suspendus semblent flotter au-dessus du fleuve tandis que les immenses tours cavalières rappellent encore l’ancienne puissance militaire du site.
Petit point historique ... Dès l’époque gauloise, le promontoire des Châteliers constitue un point stratégique majeur pour les Turones, peuple celte qui donnera son nom à la Touraine. Les Romains s’y installent ensuite à leur tour, séduits par cette position dominante sur la vallée. Mais c’est véritablement à partir du XVe siècle qu’Amboise entre dans son âge d’or.
Après la confiscation du château par la Couronne en 1431, les rois de France vont progressivement transformer l’ancienne forteresse médiévale en un immense palais Renaissance. Louis XI y installe notamment la reine Charlotte de Savoie et le jeune Charles VIII, futur roi né à Amboise en 1470.

Mais c’est précisément Charles VIII qui marque durablement le château. Passionné par l’Italie et les innovations artistiques découvertes lors des campagnes italiennes, il entreprend de métamorphoser Amboise en résidence royale spectaculaire. Les gigantesques tours cavalières, permettant aux chevaux et attelages de rejoindre directement les terrasses supérieures, restent aujourd’hui encore l’un des éléments les plus impressionnants du domaine.
Son successeur François Ier poursuivra cette transformation et fera même venir à Amboise plusieurs artistes italiens, dont un certain Léonard de Vinci.
Oui, Léonard de Vinci repose ici.
La chapelle Saint-Hubert, délicatement sculptée dans un style gothique flamboyant, abrite le tombeau du génie italien depuis le XIXe siècle. Une présence qui contribue forcément à l’aura très particulière du lieu. Difficile de ne pas ressentir un léger vertige historique en réalisant que Léonard de Vinci a véritablement traversé ces jardins et ces couloirs.
La visite intérieure permet de découvrir plusieurs salles reconstituées évoquant la vie de cour à la Renaissance puis au XIXe siècle sous Louis-Philippe. La grande salle du Conseil, les appartements royaux ou encore les salles des gardes sont accompagnés d’un HistoPad particulièrement bien conçu qui aide à visualiser les transformations successives du château.
En toute honnêteté cependant, l’intérieur ne constitue pas forcément ce qui nous a le plus marqués. Amboise se visite finalement surtout pour ses extérieurs, ses panoramas et cette sensation permanente de surplomber l’histoire elle-même. Les jardins, les terrasses et les vues sur la Loire restent clairement les véritables stars !
La météo un peu capricieuse et l’affluence importante ce jour-là ont probablement joué aussi. Disons simplement qu’Amboise est peut-être le château qui m’a le plus impressionnée… sans être forcément celui qui m’a le plus émue.
Côté pratique, l’entrée est proposée à partir de 17,30 euros pour les adultes (14,40 euros pour les étudiants), un tarif qui inclut également le fameux HistoPad remis gratuitement à l’entrée.
ETAPE 7 : LE CHÂTEAU(-HÔTEL) DE NOIZAY
En fin d’après-midi, nous avons quitté l’agitation touristique d’Amboise pour rejoindre notre nouvelle adresse : le Château de Noizay. À seulement quelques minutes d’Amboise, cette demeure du XVIe siècle offre une expérience beaucoup plus intime et apaisée. Derrière ses façades élégantes chargées d’histoire (le château a notamment traversé les guerres de Religion et les remous de la conjuration d’Amboise) se cache aujourd’hui un hôtel cinq étoiles particulièrement réussi.
Malgré la météo maussade, nous avons immédiatement adoré le lieu. Les salons, les boiseries anciennes, les cheminées, les vues sur le parc… tout invite à ralentir. Le personnel mérite également une autre mention spéciale : attentif, adorable et présent sans jamais devenir envahissant. Un équilibre plus rare qu’on ne le pense dans ce type d’établissement.
Nous dormions dans la chambre « Louise de La Vallière », proposée autour de 395 euros en haute saison, avec son charme très classique et ses volumes magnifiques. Mais j’ai également eu un véritable coup de cœur pour la chambre « La Renaudie », légèrement plus accessible avec un tarif autour de 330 euros en haute saison. Les premières chambres débutent quant à elles autour de 250 euros l’été et environ 200 euros en basse saison.
Le dîner a probablement fini de nous convaincre définitivement. Cuisine raffinée sans être prétentieuse, excellents produits et service impeccable : exactement ce qu’on attend d’une telle adresse après une journée de visites sous un ciel menaçant.
Et honnêtement, avec quelques degrés supplémentaires, la piscine extérieure chauffée aurait probablement achevé toute volonté raisonnable de quitter les lieux.
Autre bon point à noter : il n’est absolument pas nécessaire de séjourner au château pour profiter du restaurant. Les visiteurs extérieurs peuvent tout à fait venir y déjeuner ou dîner. En semaine, un menu déjeuner est par exemple proposé à 22 euros (entrée-plat ou plat-dessert), une excellente option pour découvrir les lieux sans forcément y passer la nuit.
Ce que j’ai particulièrement aimé au Château de Noizay, c’est finalement cette capacité à offrir une expérience cinq étoiles sans jamais devenir intimidant. On s’y sent bien immédiatement. Comme dans une grande maison de famille particulièrement élégante… avec, accessoirement, un court de tennis et des chambres dignes d’un décor de cinéma.
Petit regret malgré tout dans ce programme du jour déjà bien chargé : je rêvais également de découvrir le château de Valmer à Chançay ainsi que l’hôtel-château Louise de La Vallière (avec possibilité d'un tea-time proposé à une quarantaine d'euros). Ce sera pour une prochaine fois. Après tout, il faut bien laisser quelques excuses pour revenir en Touraine.
JOUR 4 : NOIZAY - Chambord - La borde en sologne
Encore un petit déjeuner d’une qualité remarquable ce matin-là. Probablement même le meilleur du séjour jusque-là. Nous avons pris notre temps avant de reprendre la route pour environ une heure direction la Sologne et surtout le château le plus célèbre de la Loire, et probablement de France (voire du monde ?).
Chambord, évidemment.
ETAPE 8 : LE CHÂTEAU DE CHAMBORD
Même lorsqu’on pense parfaitement connaître Chambord à travers les photos, l’arrivée reste impressionnante. Le château surgit presque brutalement au milieu des forêts et des terres de Sologne, avec ses centaines de cheminées, ses lanternons et sa silhouette immédiatement reconnaissable.
Construit à partir de 1519 à la demande de François Ier, Chambord n’a jamais réellement été pensé comme une résidence royale classique. Le roi y séjournera finalement très peu. Le projet relève davantage de la démonstration politique et artistique : un monument destiné à affirmer la puissance du souverain et son goût pour la Renaissance italienne.
Je confirme que l’effet fonctionne toujours cinq siècles plus tard.
Le château est conçu autour de son célèbre escalier à doubles révolutions, attribué selon la tradition à Léonard de Vinci. Deux personnes peuvent y monter ou descendre simultanément sans jamais se croiser, tout en restant visibles l’une pour l’autre. L’idée est aussi spectaculaire qu’ingénieuse.
Et sinon ...? Plus de 400 pièces, près de 300 cheminées et un toit qui ressemble presque à une ville miniature sculptée dans la pierre. Depuis les terrasses, la vue sur le domaine est impressionnante et permet de mieux comprendre les dimensions totalement démesurées du projet de François Ier.
Au fil des siècles, plusieurs souverains tenteront de rendre le château plus habitable. Louis XV y installe notamment Stanislas Leszczynski, ancien roi de Pologne, puis le maréchal de Saxe après sa victoire de Fontenoy. Des aménagements intérieurs sont réalisés afin d’apporter un peu plus de confort à cette immense résidence notoirement difficile à chauffer.
La Révolution épargne relativement le monument malgré le pillage du mobilier. Après plusieurs périodes d’abandon, le domaine passe entre les mains du maréchal Berthier sous Napoléon puis du comte de Chambord avant de devenir propriété de l’État français en 1930.
Aujourd’hui, le château est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et figure parmi les monuments les plus visités de France.
Côté tarifs, comptez 21 euros pour le billet plein tarif classique pour les visiteurs européens, et 31 euros pour les visiteurs hors espace économique européen. Les moins de 26 ans ressortissants de l’Union européenne bénéficient quant à eux de la gratuité.
En toute sincérité, j'ai là encore pensé que le château impressionnait davantage qu’il n’émeut. On vient ici pour voir un chef-d’œuvre architectural unique, presque irréel par ses dimensions et sa conception. Et de ce point de vue-là, le contrat est largement rempli.
Autre petit crève-cœur tout de même ce jour-là : nous étions à proximité immédiate de Blois et de Cheverny, deux étapes qui auraient largement mérité leur place dans cet itinéraire. Mais là encore, après quelques jours passés à courir d’un château à l’autre, il faut parfois accepter une vérité assez simple : vouloir tout voir est probablement la meilleure façon de ne plus rien apprécier vraiment. Alors oui, nous avons fait l’impasse. Un choix douloureux, certes, mais sans doute nécessaire pour continuer à profiter du voyage sans transformer la Loire en marathon patrimonial (ce qui était sûrement déjà le cas ....).
ETAPE 9 : LE CHÂTEAU(-HÔTEL) DE LA BORDE EN SOLOGNE
Après cette immersion dans la grandeur monarchique, nous avons repris la voiture pour une vingtaine de minutes direction notre nouvel hôtel : le Château de La Borde en Sologne.
Le domaine semble posé au milieu de la nature avec une élégance très paisible. Ici, tout respire la déconnexion : grandes allées forestières, pièce d’eau, potager, ferme, silence absolu… Le lieu donne presque l’impression d’être coupé du monde.
Le château abrite trente-cinq chambres et suites aux volumes généreux, avec hauts plafonds, immenses fenêtres et salles de bains spacieuses. L’ensemble réussit ce mélange très actuel entre raffinement et esprit maison de campagne chic.
Et surtout, on sent que le lieu a été pensé pour qu’on y vive réellement. Pas seulement pour dormir entre deux visites.
Les activités proposées participent énormément à cette atmosphère : vélos à disposition pour parcourir le domaine, salle de sport, spa, barques sur l’eau, ferme à animaux, deux piscines… Tout invite à ralentir et à profiter du cadre.
Mention spéciale également au restaurant du château, joliment nommé « Mémoire ». Le concept repose sur une cuisine courte, saisonnière et responsable, largement alimentée par le potager du domaine. Il n’est d’ailleurs pas rare d’apercevoir les cuisiniers traverser le jardin paniers à la main pour aller récolter fruits, légumes et herbes fraîches avant le service.
Ce genre de détail change tout.
Bref, le dîner fut excellent, simple dans l’idée mais extrêmement juste dans les saveurs.
Concernant les tarifs, il faut être honnête : l’expérience a tout de même un (sacré) prix. Les chambres tournent généralement autour de 400 euros hors saison mais, cet été, seules des suites étaient encore disponibles avec des tarifs plutôt situés entre 500 et 600 euros selon Booking. Un budget conséquent, clairement.
JOUR 5 : La borde en sologne - Orléans - Chartres
Ça y est. Le dernier jour était arrivé.
Nous avons repris la voiture avec cette légère mauvaise humeur propre aux fins de voyage réussies : celle qui consiste à calculer mentalement combien de jours il resterait si l’on décidait soudainement de ne jamais rentrer travailler.
Mais avant de rendre la voiture et retrouver Paris, nous nous étions gardé deux dernières étapes.
ETAPE 10 : ORLÉANS
La météo n’avait toujours pas décidé de coopérer franchement ce matin-là. Un ciel gris assez tenace, quelques gouttes intermittentes… rien de dramatique, mais suffisamment pour ralentir un peu les envies de longues promenades.
Nous avons malgré tout choisi de faire une halte à Orléans pour déjeuner. Après plusieurs jours de gastronomie ligérienne parfois très ambitieuse, nous avions envie de quelque chose de plus simple. Nous avons donc fini chez Canotto, une petite adresse italienne du centre-ville avec une carte courte mais efficace. Très bonnes pizzas, ambiance détendue et exactement ce qu’il fallait avant de reprendre la route.

Impossible évidemment de quitter Orléans sans passer par la cathédrale Sainte-Croix.
Sa version actuelle a nécessité près de six siècles de construction, entre 1287 et 1829. Une patience architecturale assez difficile à concevoir aujourd’hui. Dédiée à la Sainte Croix, dont les reliques sont présentes à Orléans depuis au moins le VIIe siècle, elle possède également un statut très particulier dans l’histoire royale française : plusieurs souverains y furent sacrés, notamment Robert le Pieux ou encore Louis VI.
Ah et ... qui dit Orléans dit Jeanne d’Arc ! Le 8 mai 1429, après la levée du siège d’Orléans, Jeanne vient prier dans la cathédrale. Depuis, chaque année, les fêtes johanniques continuent de célébrer cet épisode fondateur de l’histoire de la ville.
L’intérieur impressionne autant par ses volumes que par sa lumière, très différente des cathédrales plus sombres ou plus austères que nous avions visitées jusque-là. Et même si l’histoire de l’édifice est jalonnée d’incendies, de reconstructions et de légendes plus ou moins crédibles impliquant des colombes miraculeuses et des fragments de la Vraie Croix, l’ensemble conserve une étonnante cohérence.
Nous ne sommes cependant pas restés très longtemps à Orléans. Une dernière étape importante nous attendait encore avant Paris.
ETAPE 11 : CHARTRES
À environ une heure de route d’Orléans, Chartres constitue probablement l’une des plus belles conclusions possibles pour ce voyage.
Le centre-ville est charmant, vivant sans être étouffant, avec cette atmosphère de ville historique qui reste encore très agréable à parcourir à pied. Mais soyons honnêtes : ici, tout semble graviter autour de la cathédrale.
Et quelle cathédrale.
Notre-Dame de Chartres fait partie de ces monuments qui résument presque à eux seuls une époque entière. Construite principalement après l’incendie de 1194, elle devient l’un des modèles absolus de l’architecture gothique.
La nef est immense, les volumes, étourdissants, et surtout, Chartres marque un tournant technique majeur grâce à l’utilisation des arcs-boutants qui permettront ensuite l’essor des grandes cathédrales gothiques françaises.
Ce qui frappe assez rapidement, ce sont aussi ses deux tours totalement différentes. L’une plus sobre et romane, l’autre flamboyante et gothique. Comme si plusieurs siècles d’architecture avaient décidé de cohabiter sur la même façade.
Et puis il y a évidemment les vitraux.
Ces fameux bleus de Chartres dont on entend parler depuis l’école et qui, pour une fois, ne déçoivent absolument pas en vrai. Même sous un ciel gris, la lumière à l’intérieur reste spectaculaire.
La cathédrale possède également une histoire mouvementée avec les incendies. Plusieurs édifices successifs se sont effondrés ou embrasés avant d’aboutir à la version actuelle. Une sorte d’acharnement architectural qui finit presque par forcer le respect.
Petit détail intéressant : après plus de vingt ans de fermeture, le trésor de la cathédrale a rouvert en 2024 avec près de 150 objets restaurés exposés au public. Des visites des hauteurs sont également proposées pour 7 euros sur réservation.
Mais mon véritable coup de cœur à Chartres fut finalement beaucoup moins attendu....
À une vingtaine de minutes à pied du centre-ville se trouve probablement l’un des lieux les plus étranges, poétiques et fascinants de tout ce voyage : la Maison Picassiette. Aucune photo ne prépare vraiment à ce qu’on découvre sur place. La maison est l’œuvre d’un seul homme : Raymond Isidore, ancien cantonnier chartrain né en 1900. Après avoir construit lui-même sa maison dans les années 1930, il commence progressivement à la recouvrir de morceaux de vaisselle cassée, de verre et de mosaïques récupérées au fil de ses promenades.
Au départ, l’intérieur seulement. Puis les murs. Puis les sols. Puis les plafonds. Puis les jardins. Jusqu’à transformer l’ensemble de la propriété en œuvre d’art totale.

Le surnom « Picassiette » naît d’ailleurs des moqueries du voisinage, amusé de voir Raymond ramasser des assiettes cassées partout où il passait. Lui continuera pourtant son œuvre pendant plus de trente ans, utilisant près de quinze tonnes de débris de verre et de céramique.
Chaque surface est couverte de mosaïques colorées, de motifs religieux, floraux ou totalement imaginaires. On passe constamment de l’art brut à quelque chose de presque méditatif. Le lieu raconte autant une obsession qu’une incroyable liberté créative.
L’histoire personnelle de Raymond Isidore rend probablement le tout encore plus touchant. Enfant, il perd presque totalement la vue avant de la retrouver partiellement devant les vitraux de la cathédrale de Chartres. Difficile ensuite de ne pas voir un lien entre cette révélation visuelle et l’importance des couleurs dans toute son œuvre.
L’entrée est proposée à 12 euros en plein tarif et, très honnêtement, c’est probablement l’une des visites les plus mémorables du séjour.
Parce qu’après les châteaux et les hôtels cinq étoiles, terminer ce voyage par la maison complètement folle d’un ancien cantonnier passionné de mosaïque avait finalement quelque chose de très juste.
Quelques mots de fin ...
Tout s’est finalement enchaîné beaucoup trop vite.
En cinq jours, nous avons traversé plusieurs siècles d’histoire française, dormi dans des lieux exceptionnels, exploré des jardins Renaissance, des caves troglodytiques, des cathédrales gothiques et même une maison recouverte d’assiettes cassées. Un programme finalement assez difficile à résumer rationnellement.
Ce voyage m’a surtout rappelé une chose assez simple : on passe souvent beaucoup de temps à rêver de destinations lointaines en oubliant parfois ce que l’on a littéralement à quelques heures de route.
Alors oui. Je réitère. Encore. Il manque beaucoup de châteaux à cette liste. Chenonceau, Cheverny, Azay-le-Rideau, Blois… la frustration fait partie du voyage ici. Mais oui, c'est bon signe : cela veut simplement dire qu’il faudra revenir.
Sites pratiques et sources :
Site de l'office de tourisme de la ville de Châteaudun : https://www.chateaudun-tourisme.fr
Site de l'office de tourisme de la ville de Tours : https://www.tours-tourisme.fr
Site de l'office de tourisme de la ville d'Orléans : https://www.tourisme-orleansmetropole.com
Site de l'office de tourisme de la ville de Chartres : https://www.chartres-tourisme.com
Site de l'office de tourisme de la ville d'Amboise : https://amboise-valdeloire.com
Site du château de Villandry : https://www.chateauvillandry.fr
Site du château d'Amboise : https://www.chateau-amboise.com
Site du château de Chambord : https://www.chambord.org/fr/
Site de la Maison Picassiette : https://www.maison-picassiette-chartres.com
Site du château-hôtel d'Artigny : https://www.chateauartigny.com
Site du château-hôtel de Noizay : https://chateaudenoizay.com
Site du château-hôtel de la Borde en Sologne : https://www.laborde-sologne.fr/fr/
Site du Manoir des Basses Rivières (chambres d'hôtes) : https://lesbassesrivieres.com
Réel associé : à venir prochainement.
Photos et textes : ©Constance E.T. de Tourniel / @bonvoyagecleo










































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